La reconnaissance démystifiée

La reconnaissance démystifiée

Tout le monde en parle, mais encore trop peu la pratique. Au fil de mes interventions auprès de leaders, je réalise à quel point la reconnaissance reste un mystère pour plusieurs. Ils savent que c’est important. Cependant, pour certains, peu importe ce que tu fais au travail, ça fait partie de ta « job ». La reconnaissance vient donc avec le chèque de paye. Alors, qu’est-ce qu’on peut faire de plus? Pourtant, la reconnaissance joue un rôle majeur dans la satisfaction au travail et la mobilisation du personnel. Pour cette raison, je vais tenter de la démystifier en répondant aux nombreux : pourquoi? Comment? Et quand? Que j’entends de façon régulière.

Qu’est-ce que la reconnaissance?

La reconnaissance a plusieurs visages, saveurs et nuances. Certains diront que c’est un encouragement, un renforcement positif, une critique constructive, ou encore, une récompense. En fait, ça peut être tout cela à la fois. La reconnaissance c’est un témoignage de satisfaction que l’on a à l’égard d’une personne concernant son travail, ses comportements, ses compétences, etc. Il s’agit d’un feedback qui vise à informer la personne concernée et à lui souligner l’importance de sa contribution. Par exemple, vous venez de passer au travers d’une semaine particulièrement intense et vous êtes conscient que toute l’équipe a dû prendre les bouchées doubles. Pour leur témoigner votre reconnaissance, vous décidez de prolonger la pause de 15 h de façon à discuter de façon informelle et de vous détendre. Bien sûr, c’est vous qui offrez le café et les muffins.

Quel sera l’impact de cette petite attention qui ne coûte presque rien? Il y en a plusieurs :

  1. D’abord, c’est spontané et inattendu. Ainsi, ça évite de créer des attentes. L’effet de surprise est souvent très efficace.
  2. Les membres de votre équipe sentiront que leurs efforts sont reconnus. Ça vaut la peine!
  3. Cela aura pour effet de renforcer le comportement positif que représente l’effort supplémentaire qui est déployé lorsque nécessaire. Ça donne le goût de recommencer.
  4. C’est également une façon de baliser les attentes, en illustrant clairement ce qui fait plaisir au patron. « Quand je fais ça, le boss est content! »
  5. Sans compter que ce genre de reconnaissance de groupe a pour effet de rappeler aux gens qu’ils font partie d’une équipe et que la collaboration est profitable à tous. La contribution de chacun est importante.

En regard de tous ces bénéfices, l’investissement requis pour cette forme de reconnaissance est très rentable.

Pourquoi dois-je témoigner ma reconnaissance?

Parce que l’humain est un être social qui a besoin d’être reconnu par ses pairs. D’ailleurs, en voulant hiérarchiser ce qui conditionne la motivation des gens, Abraham Maslow a situé le besoin d’estime (de reconnaissance) presque au sommet de sa pyramide des besoins. Même ceux qui pensent « s’être faits seuls » doivent une partie de leur succès à la reconnaissance qu’ils ont reçue. Bien sûr, ils vous diront « non! » Mais pensez au client satisfait qui reconnaît votre travail. En nourrissant ainsi votre besoin d’estime, il vous encourage à poursuivre dans la même voie. Ou au collègue qui vous remercie de votre soutien dans un dossier complexe. Ce faisant, il reconnaît votre compétence et, par le fait même, renforce la confiance que vous avez en vous. Dans les deux cas, vous gagnez en assurance et pourriez être tenté de vous dépasser.

C’est ainsi que la reconnaissance poussera certains à vouloir s’accomplir davantage, à partir en affaires et à vivre de grands succès… Même s’ils « se sont faits seuls », il y a peut-être un peu de vous là-dedans! De plus, la plupart des études et des sondages classent la reconnaissance parmi l’un des premiers facteurs de satisfaction au travail. Et souvent bien avant le salaire. Alors comment expliquer que c’est encore si peu utilisé comme outil de mobilisation?

Comment témoigner de la reconnaissance?

Maintenant que vous êtes conscient de l’impact de la reconnaissance sur la motivation des gens, sur vous, sur le succès de certains et sur la satisfaction au travail, comment démontrer de la reconnaissance à vos collaborateurs (et pourquoi pas à vos collègues, à vos proches, à votre épicier, etc.)?

D’abord, je crois qu’il est essentiel de reconnaître les gens pour ce qu’ils sont (l’ÊTRE) en considérant : leur présence, leurs talents, leurs capacités, leur intelligence et leur expérience.

  • Le leader qui prend le temps de saluer et de discuter avec ses collaborateurs pour apprendre à les connaître reconnait leur présence, leurs besoins et leur place dans l’équipe.
  • Le leader qui consulte ses collaborateurs sur différentes questions reconnait leur intelligence, leur expertise et leur capacité à trouver des solutions valables.
  • Le leader qui informe ses collaborateurs reconnait leur besoin de sécurité et leur droit de savoir.
  • Le leader qui encadre et qui soutient un employé en difficulté, démontre son intention de l’aider à s’améliorer et sa confiance en sa capacité à le faire.

Ainsi, le leader authentique se soucie de la personne, de ce qu’elle est vraiment avec toutes ses qualités et ses défauts. Il est d’abord préoccupé par l’être, ce qu’il vit et ce qui le motive.

Par la suite, il est nécessaire de reconnaître ce qu’ils font (les ACTIONS) en soulignant à la personne concernée : ses bons coups, ses efforts supplémentaires, ses gestes de collaboration, son souci du travail bien fait, et de vouloir améliorer les processus, son impact positif sur le climat au sein de l’équipe et l’appréciation de son travail par un client satisfait.

Rappelez-vous que la reconnaissance peut prendre différentes formes et doit être adaptée à chacun. Bien entendu, la petite tape dans le dos aura toujours sa place. Toutefois, c’est l’expression la plus simple de la reconnaissance. C’est d’ailleurs ce qui est normalement attendu par vos collaborateurs. Ne craignez pas d’innover. C’est à vous de voir ce qui convient le mieux à votre milieu, à votre équipe et à chacun de vos collaborateurs. Comme nous l’avons vu précédemment, il s’agit d’un investissement sur le plan humain qui demande peu de temps, peu d’argent et qui est souvent très rentable.

Quand dois-je témoigner de la reconnaissance?

Évidemment, il faut se rappeler de la règle du « trop, c’est comme pas assez ». Ce qui me rappelle à chaque fois un collègue cadre qui, à la fin de chaque journée, lançait son habituel « Merci gang pour votre bon travail. Bonne fin de journée! » À première vue, il semblait renforcer le bon travail de son équipe. Mais qu’en était-il vraiment? Quel impact avait-il sur la satisfaction de ses collaborateurs et sur leur rendement? Avec le temps, les gens ne l’entendaient plus. Certains ne levaient même pas la tête. Pire, renforçait-il les comportements négatifs de ceux qui s’étaient trainés les pieds une partie de la journée? Alors que ceux qui avaient travaillé réellement très fort recevaient la même appréciation.

Donc, quand doit-on témoigner de la reconnaissance? À chaque fois que vous croisez un collaborateur et que vous le saluez avec le sourire, vous lui témoignez de la reconnaissance. Lorsque vous vous souvenez et utilisez son nom, vous reconnaissez qu’il compte pour vous. Quand vous le consultez et tenez compte de ses idées, vous reconnaissez sa capacité à contribuer au succès de l’équipe. Comme vous pouvez le constater, il n’y a pas une seule façon d’être reconnaissant et il n’y a pas de moment précis. Alors prenez le temps de vous arrêter et pensez :

  1. aux occasions où vous étiez fier de vous et que vous auriez aimé que votre patron ou quelqu’un de votre entourage le reconnaisse. Eh bien, c’est la même chose pour vos collaborateurs. Ils aimeraient, à certaines occasions, que vous leur témoigniez votre reconnaissance.
  2. aux moments où vous étiez content du travail ou du comportement d’un de vos collaborateurs. Que vous y avez pensé, mais n’en avez pas parlé. Vous avez manqué une belle occasion d’investir dans votre capital humain et relationnel. Cependant, il n’est peut-être pas trop tard pour vous reprendre.
  3. aux différentes façons que vous pourriez utiliser pour témoigner votre reconnaissance à vos collaborateurs. Pensez à chacun d’eux; qu’est-ce qui ferait plaisir à Jean, le passionné de plein air? Qu’est-ce qui conviendrait à Marie, la mère monoparentale qui a 3 enfants? Qu’est-ce qui ferait le bonheur de votre gang d’opérateurs?

Ainsi, vous personnaliserez votre style et développerez graduellement le réflexe de témoigner votre reconnaissance à vos collaborateurs. Avec l’entrainement et le temps, vous deviendrez plus spontané et serez à même de constater la puissance de la reconnaissance.

Pour le bénéfice de tous, je vous invite à partager vos expériences et vos initiatives en matière de reconnaissance.

Mario

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©2013, Objectif Coaching

16 réflexions au sujet de « La reconnaissance démystifiée »

  1. Bonjour,
    en résumé, reconnaitre, c’est d’abord connaître : « je connais mes brebis et mes brebis me connaissent » (Jn 10, 15).
    Tout le reste vient naturellement.

  2. Bonjour Mario
    je vous suis reconnaissant pour ce post qui nous rappelle d’utiliser sans compter les petites marques d’attentions et les signes de reconnaissance. Par ce qu’ils sont inépuisables et qu’ils enrichissent toutes nos relations.

  3. Bonsoir,

    Un article intéressant, merci Mario.
    Pour répondre à votre question du pourquoi est-ce si peu utilisé, ou comment expliquer la rareté de la reconnaissance, mon point de vue :

    1° nous évoluons dans un contexte judéo-chrétien, orienté problème. Se féliciter c’est mal, réussir c’est tabou, être content c’est politiquement incorrect. Les américains, eux, n’ont pas cette approche-là.

    2° Féliciter un salarié pose ensuite le problème aux managers pas très à l’aise, la gestion délicate des revendications salariales lors des entretiens annuels…. : tu es un excellent élément, toutefois, pas d’augmentation cette année. Allez expliquer cela et surtout, gérer en phase II, la frustration dudit salarié…

    3° Beaucoup de managers voudraient être des « chefs ». Or on se souvient de l’article 1 du chef : le chef a toujours raison.
    Art.2, spécialement quand il a tort, se reporter à l’article 1 !….
    Et lorsqu’on on considère que certains « chefs » ont des profils pervers narcissiques, se construisent sur la destruction de l’autre, valorisent leur propre égo au détriment de leur équipe, on comprend qu’il est quand même utopique d’attendre d’eux des compliments (ce qui est une chose bien différente de la flatterie soit dit en passant…).

    Par ailleurs, certains cadres dirigent leur équipe par l’affect, jouent de manipulation par ce biais, et, bien évidemment, cela aggrave les risques psychosociaux (parce qu’en phase II, si caresser le salarié dans le sens du poil ne marche pas, ils basculent dans la violence psychologique et verbale, le harcèlement pour obtenir ce qu’ils veulent… )

    Aussi, un compliment SAIN, SINCERE, SPONTANE, oui, ça permet à chacun de savoir qu’il est reconnu dans ses mérites, sa place, sa compétence, apprécié et cela va valoriser le salarié qui sera enclin à s’investir davantage.

    Pour autant, à chacun de faire la part des choses et se féliciter soi-même de son travail pour éviter d’avoir à attendre d’autrui ce qu’on est capable de se reconnaitre soi-même…

    Bonne soirée,
    Cordialement,
    Valérie.

    • Bonsoir Valérie,
      je suis entièrement d’accord avec vos propos.
      Seul les personnes qui sont sincères peuvent être le reflet de votre personnalité et peuvent vous aider à vous épanouir. Mais elles sont rares donc méfiance. La désillusion peut être destructrice (il ne faut rien attendre en retour sinon nous sommes considérés comme faible).

  4. Avoir une reconnaissance familiale, sociale et professionnelle, de ce que l’on est ou de ce que l’on fait, permet de se sentir exister. C’est simplement une connexion de soi vers les autres et vice versa. C’est une interaction relationnelle.

  5. Vous avez raison. On devrait toujours reconnaître le travail de nos employés. Par la suite ceux-ci nous seront plus loyal et seront prêt à plus de sacrifices envers leur employeur. Le taux de roulement diminuera et la productivité augmentera. Un peu de reconnaissance et tout le monde y gagne.

    • Bonjour Carl,
      Les enseignants du secondaire, comme ceux du primaire, ont autant besoin de reconnaissance que n’importe qui en entreprise. J’oserais même dire que le contexte difficile de l’enseignement au Québec justifie à lui seul une reconnaissance particulière des directions des différents établissements. Malheureusement, sans généraliser, je suis à même de constater que ce n’est pas une pratique très répandue. Je ne parle ici que de reconnaissance, mais il y a effectivement un besoin urgent de revoir certains modes de gestion qui sont encore très autocratiques. Une gestion plus participative et des réunions de travail plus efficaces sont des exemples d’améliorations souhaitables. Évidemment, je suis conscient qu’on en met de plus en plus sur les bras des directions. Toutefois, celles-ci doivent faire plus pour soutenir et valoriser leurs enseignants qui ont une tâche de plus en plus exigeante.
      Évidemment, votre question est très large. Cependant, si vous pensez à une situation plus précise, c’est avec plaisir que je pourrai en discuter avec vous.
      Cordialement

  6. Bonjour M. Plantin.
    Bravo et merci pour votre excellent point de vue.
    Je suis d’avis que la reconnaissance consolide une bonne opinion de soi. Qu’elle crée de l’ouverture les uns pour les autres, qu’elle favorise les liens et le désir de s’engager ensemble.
    Vous relevez tout de même que la reconnaissance est souvent mise de coté, ignorée, dans les entreprises.
    J’aimerais comprendre pourquoi justement l’ignore-t-on autant ?
    Crainte ou ignorance ?

    Serge de PuissantsContacts

    • Bonjour Serge,
      Merci pour l’appréciation. Pour ce qui est de votre question, à savoir : pourquoi ignore-t-on autant la reconnaissance? De façon générale, je vous dirais que c’est l’ignorance de son impact positif, mais surtout de sa mise en pratique concrète (c.-à-d. : comment, pourquoi et quand). Cependant, une minorité craint effectivement qu’en étant reconnaissant cela entraine des demandes accrues (meilleur salaire, privilèges, etc.) de la part de leurs collaborateurs. Pour ma part, penser cela, c’est aussi de l’ignorance.
      Cordialement

    • Bjr,
      si j’ai qqs minutes, j’aime lire des posts comme les vôtres (sur viadeo …). Etes-vous québécois Mario Plantin ?

      Pour Serge, une anecdote concernant un chef d’une entreprise horlogère (suisse) de 50 personnes :
      Justement je lui suggérais de veiller aussi à féliciter et reconnaitre le travail effectué (en bon perfectionniste, il voyait davantage les dysfonctionnements …) –
      savez-vous ce qu’il m’a répondu ? non ? rire
      Il avait peur que ses managers et ouvriers s’arrêtent de travailler (le boss me complimente => et donc je peux me reposer).

      Et cela s’est confirmé dans d’autres situations – Nous avons assez bien été éduqués dans un mode bâton (critique) en tous cas en France c’est certain, moins aux USA ou ailleurs ?- alors que la reconnaissance et le compliment nous suprennent quasiment ! Un équilibre à réajuster 😉

      une belle journée à vous 😉
      Françoise

      • Bonjour Françoise,
        Merci pour ce partage. Malheureusement, il y a encore trop de gens qui pensent comme le chef d’entreprise que vous décrivez. Pourtant, s’ils savaient les bénéfices qu’ils pourraient réellement tirer d’une reconnaissance sincère et efficace. Hier encore, un leader que j’accompagne en coaching individuel me racontait son expérience récente avec l’un de ses employés. Il y a quelques semaines, ce leader avait de la difficulté à communiquer avec cet employé et ce dernier l’avait informé qu’il cherchait un autre emploi.

        Après avoir discuté avec ce leader, il m’est clairement apparu que sa façon de communiquer était inadéquate. Je lui ai fait ce commentaire, en m’appuyant aussi sur les résultats d’un test sur l’écoute qu’il avait rempli quelques semaines plus tôt. Ce moment a été décisif pour lui. Du coup, il réalisait qu’il rencontrait les mêmes difficultés à la maison. Il a donc décidé de se prendre en main et de changer les choses. Sa dernière rencontre avec son employé lui a clairement démontré la puissance d’une communication efficace, d’une meilleure écoute et d’une reconnaissance sincère du travail de l’autre. En me racontant tout cela, je ressentais sa fierté d’avoir eu le courage de travailler d’abord sur lui et de revoir son approche avec son employé. Il était fier de lui et de l’impact très positif que cela avait eus sur son employé qui est maintenant enthousiasmé et qui a amélioré son rendement. Et tout cela, sans que ça coûte un sou à l’entreprise. C’est presque magique!
        Cordialement

  7. Bonjour,
    si nous attendons la reconnaissance de l’extérieur avant qu’elle ne soit solidement ancrée à l’intérieur de soi, il y a de forte chance pour que les individus retombent brutalement du sommet de la fameuse pyramide de Maslow.
    Aujourd’hui, la crise des systèmes sociologiques formatées nous le démontre, il est impératif de quitter ces modèles sous peine de souffrir davantage de ne pas être reconnu.
    L’estime de soi et la reconnaissance passent d’abord par soi et pas par les autres et encore moins par l’employeur.
    Sinon, un peu plus de la même chose, c’est toujours un peu plus du même résultat.
    Cordialement.

    • Je suis tout à fait d’accord avec vous lorsque vous dites que la reconnaissance doit d’abord passer par soi. Il est vrai qu’il serait plus facile de ne rien attendre des autres. Toutefois, la réalité est autrement. Les gens ont besoin de cette reconnaissance. Le sachant, c’est largement prouvé, les leaders ont avantage à être reconnaissants envers leurs collaborateurs.
      Merci pour votre commentaire.

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